Le Boeing 727 ou le rêve américain

par Cedric Bayle décembre 29, 2020

Le Boeing 727 ou le rêve américain

En 1963, Martin Luther King prononce son discours I have a dream. Cette année marquante pour les États-Unis restera célèbre pour l’assassinat de Kennedy. 1963 est une année charnière, faite de bouleversements politiques, sociaux et technologiques. Une page de la conquête spatiale se tourne avec la fin du Programme Mercury. La tête dans les étoiles, le pays a déjà entamé sa marche de la modernisation. À près de 5 000 kilomètres de la Maison Blanche, dans la banlieue grise et pluvieuse de Seattle, un constructeur mythique et visionnaire y participe activement. Le 9 février 1963, le Boeing 727 effectue son premier vol.

 

Un lancement chaotique

 

La politique du Boeing 727, c’est un peu celle du « maintenant ou jamais ». À l’époque, la concurrence avec Convair et Lockheed est rude. Si Boeing ne sort pas rapidement un nouvel avion, la compagnie risque de sombrer. La conception du 727 est annoncée officiellement en décembre 1960. À ses débuts, le projet ne semble pas voué à une destinée brillante. L’avionneur remplit péniblement son carnet de commandes. Les prévisions ne dépassent pas 250 unités. Pour « faire le buzz », Boeing envoie un 727 faire un périple autour du monde. Il traversera 26 pays sur plus de 120 000 kilomètres.

 

Avec son dernier-né, Boeing vise un objectif clair. Proposer un avion de ligne pour desservir des petits aéroports sur du court et moyen-courriers. Le Boeing 707 lancé à la fin des années 1950 est trop imposant et ne permet pas de répondre à cette demande grandissante. Le gouffre financier généré par cet investissement récent conduit de nombreux employés de la société à ne pas comprendre cet empressement autour du B727. Le moment semble plutôt mal choisi pour engendrer de nouveaux frais à la rentabilité plutôt incertaine et lointaine. Le ciel orageux invoqué par les managers eux-mêmes ne devrait pas tarder à décharger sa foudre, prédisent certains. Soucieux malgré tout de réaliser des économies, Boeing prend la décision un peu surprenante de ne pas produire de prototype. Le Boeing 727 N7001U qui a servi aux essais sera le même que celui livré à United Airlines pour ses vols commerciaux !

 

La première version du 727, le Boeing 727-100, mesure 40 mètres de long pour une envergure de 32 mètres. Il peut atteindre une vitesse de croisière de 960 km/h. Il reprend en partie les innovations technologiques du triréacteur britannique Hawker Siddeley Trident, notamment les ailes en T. Le premier vol commercial est opéré en février 1964 par la compagnie Eastern Air Lines. Avec United Airlines, les deux compagnies passent une commande de 80 avions au total, 40 appareils chacune. En tout, ce sont 407 Boeing 727-100 qui auront été fabriqués. L’avion ira même jusqu’à inspirer le soviétique Tupolev Tu-154 lancé à la fin des années 1960. Le Boeing 727-100C, conception spéciale adaptable en cargo, s’écoulera quant à lui à 164 exemplaires.

 

Aussi risqué le programme pouvait-il sembler, il représentait l’unique chance de Boeing de reconquérir le ciel américain. Aujourd’hui, alors que le constructeur s’est imposé comme leader et que Convair et Lockheed ont disparu depuis près de trente ans – le premier définitivement, le deuxième par fusion avec Martin – personne n’oserait plus remettre en doute ce coup de poker. L’histoire nous force à constater le succès du Boeing 727. Lorsque la production s’arrête en 1984, le seuil des 1 800 appareils vendus, toutes versions confondues, a déjà été franchi. L’avion de ligne sera le seul triréacteur à sortir des usines Boeing. Une approche nouvelle après le quadriréacteur 707 et avant la période actuelle dominée par les biréacteurs.

 

L’ascension d’un géant d’acier

 

Certains géants ont le corps bien trop lourd ou les pieds bien trop ancrés dans le sol pour pouvoir s’envoler. Ce n’est pas le cas du Boeing 727. Cet avion légendaire pourrait presque être considéré comme l’incarnation – en acier plutôt qu’en chair et en os – du rêve américain. Tout est possible. Vivifié par la réussite du 727-100, Boeing se lance dans la conception d’une nouvelle version : le Boeing 727-200. Cet avion mesure 46 mètres de long et peut transporter un maximum de 189 passagers – contre 131 dans sa première configuration. C’est cette version qui participera au succès historique du 727 avec 1 245 unités produites. C’est pour la compagnie Northeast Airlines qu’il réalise son premier vol commercial en 1967, quelques semaines à peine après son inauguration. Cet avion se décline lui aussi en version cargo : le Boeing 727-200F dont 15 appareils équiperont la société de transport FedEx.

 

Le Boeing 727 tient ses promesses. Le fuselage compact et les lignes de l’avion permettent d’atterrir facilement sur les pistes très courtes des petits aéroports. Désormais, les habitants de grandes villes aux infrastructures aéroportuaires peu développées peuvent eux aussi acheter leurs billets d’avion pour s’envoler vers des destinations exotiques. Un triomphe qui outrepassera les frontières des États-Unis. Le Boeing 727 devient le premier avion commercial à pouvoir atterrir à l’aéroport international de La Paz en Bolivie, culminant à plus de 4 000 mètres d’altitude. En équipant le train d’atterrissage avant de freins supplémentaires, Boeing parvient même à diminuer la distance de freinage de 150 mètres. En matière de sécurité, l’appareil est doté d’un patin de queue rétractable contre les dommages causés au fuselage en cas de tailstrike. Lorsqu’il s’agit de satisfaire les exigences des aéroports provinciaux, défier le Boeing 727 devient difficile.

Boeing 727 Fedex N481FE avec l'aimable autorisation de Woody Hatchett

 

Le sens du devoir : le Boeing 727 au service de FedEx ( Autorisation de Woody Hatchett)

 

Boeing va jusqu’à innover le procédé d’embarquement en dépliant un escalier escamotable sous le fuselage à l’arrière de l’appareil. Un développement bienvenu pour les petits aéroports qui ne disposent pas de passerelles d’embarquement. Le 24 novembre 1971, cet escalier trouvera une utilité inattendue en permettant au pirate de l’air DB Cooper de s’échapper en parachute en plein vol. À l’issue de cette scène digne des meilleurs films d’action, le criminel disparait dans la nature avec sa rançon de 200 000 dollars. Si l’affaire, jamais élucidée par le FBI, a été classée sans suite, elle aura au moins servi à Boeing à repenser sa technologie. Après d’autres tentatives de détournement, l’avionneur finira par installer un verrou externe actionnable par commande aérodynamique pour empêcher toute ouverture en plein vol. Le dispositif se fait connaître sous le nom d’aile de Cooper, en hommage à son instigateur !

 

Malgré une réussite tonitruante, le Boeing 727 se distingue aussi par son silence. Eastern Airlines affirme que les passagers en première classe sont à peine dérangés par le bruit des réacteurs installés près de la queue de l’avion. Pour la première fois, les voyageurs peuvent discuter sans forcer sur leur voix. La compagnie rebaptisera d’ailleurs sa flotte de Boeing 727 les Whisperjets, jeu de mots sur les termes jets et whisper (murmure en français).

 

Les chiffres du Boeing 727 dressent un bilan sans équivoque. Véritable symbole, le premier Boeing 727-100 représente près de 50 000 atterrissages, 65 000 heures de vol et 3 millions de passagers ! Il profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée au Museum of Flight de Seattle. L’avion était certes le premier – et le seul à ce jour – triréacteur de Boeing, mais le palmarès des records était loin de s’arrêter là. Il s’agit du premier avion commercial équipé d’un groupe auxiliaire de puissance (GAP ou APU en anglais) pour une indépendance optimale. Une caractéristique indispensable pour desservir les petits aéroports sans alimentation électrique au sol. Le premier aussi à franchir le cap des 1 000 exemplaires vendus. Un record finalement battu dans les années 1990… par son digne successeur, le Boeing 737 !

 

Le Boeing 727 a réussi là où personne ne l’attendait. Des commandes de vol entièrement électriques aux essais de résistance structurelle et de fatigue passés avec brio, l’avion n’a pas volé son succès. Jusqu’à récemment, l’engin trouvait encore de nouveaux usages pour servir l’aviation. À l’image de la voie de l’innovation qu’il suit depuis ses origines, il a été choisi en avril 2012 pour participer à l’expérimentation de l’impact d’un crash non loin de Mexicali au Mexique. En juillet 2019, bien que 40 appareils soient encore exploités par une vingtaine de compagnies à travers le monde (2 Boeing 727-100 et 38 Boeing 727-200), la plupart des Boeing 727 qui continuent de se mouvoir dans le ciel sont gérés par des propriétaires privés. Le dernier vol commercial du Boeing 727 a été opéré par Iran Aseman Airlines en 2019. En cinquante ans de service marqués par les innovations et les paris risqués, le Boeing 727 a fait preuve d’une fiabilité, d’une maniabilité et d’une polyvalence rarement égalées.

 

 

Le Boeing 727 de Flight Inspiration

 

Les éléments du Boeing 727 qui ont trouvé refuge dans notre atelier pour donner vie à nos Porte-Clés Aéro ont traversé l’Atlantique sans oublier leurs origines américaines. Ce Boeing 727 immatriculé N481FE peut se targuer d’avoir volé près des étoiles et côtoyé les aigles, emblème incontesté des Etats-Unis. Au début des années 1980, il se peint en bleu et blanc et arbore le logo d’un casque de football américain pour servir l’America’s Team, la mythique équipe de NFL des Cowboys de Dallas. Dans les années 1990, l’appareil est racheté par FedEx qui le baptise alors Tiffany pour réaliser diverses activités de fret. Le 21 juin 2013, c’est avec une certaine émotion que les canons à eau sont activés à Indianapolis pour applaudir l’atterrissage du dernier Boeing 727 à avoir servi FedEx. Un parcours patriotique qui méritait bien une cérémonie dédiée, à laquelle plus de 1 000 chefs d’entreprise et autres invités de marque sont conviés. Si les heures de vol de notre Boeing 727 appartiennent désormais au passé, un bel avenir l’attend grâce à l’upcycling de Flight Inspiration !





Cedric Bayle
Cedric Bayle

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