Le Boeing 747, légende parmi les légendes

par Cedric Bayle décembre 18, 2020

Le Boeing 747, légende parmi les légendes

S’il y a bien un avion de ligne que tout le monde connaît, c’est le Boeing 747. L’appareil a volé pour la première fois en février 1969, un mois avant le Concorde et cinq moins avant l’alunissage d’Apollo 11. La coïncidence n’est pas permise. La Légende aux grandes ailes avec un grand « L » a elle aussi suscité sa révolution technique. Et fasciné la culture populaire. Du début des années 1970 jusqu’aux années 1990, le Boeing 747 règnera en maître absolu sur l’aviation civile. Une reine des airs indétrônable.

 

L’avion de tous les défis

 

Un design en double pont, une bosse caractéristique qui surplombe le cockpit, quatre réacteurs, un fuselage particulièrement large… impossible pour le Boeing 747 de passer inaperçu de nos jours tant sa silhouette est unique. Lorsque le constructeur américain met au point son 747 à la fin des années 1960, l’objectif est de présenter le successeur du B707. Le prototype RA001 sort de l’usine d’Everett, à 50 km au nord de Seattle, le 30 septembre 1968. La conception aura nécessité 28 mois. La construction à peine 16 mois. Les efforts cumulés de 50 000 ouvriers sont à la hauteur des résultats puisque le Boeing 747, celui que l’on surnommera Jumbo Jet et Queen of the Skies, connaîtra une destinée légendaire.

 

Derrière chaque avion, il y a l’histoire d’un homme. Et derrière chacun de ces hommes, il y a un petit garçon qui n’a jamais cessé de rêver. L’homme derrière le Boeing 747 s’appelle Joe Sutter. Lorsque son projet voit le jour, l’aviation commerciale est en plein boom – en particulier aux États-Unis. En avril 1966, Pan American World Airways, prestigieuse compagnie américaine surnommée PanAm, se met à voir les choses en grand. Ce qu’il lui faut, c’est un avion presque trois fois plus grand que ceux des concurrents et capable de transporter 400 passagers. Boeing accepte le défi. Une audace qui le mènera aux portes de la faillite. En 1970, l’avionneur explose un triste record : celui de la société la plus endettée du pays – deux milliards de dollars. 17 de ses appareils sont contraints de rester cloués au sol. Le constructeur de moteurs Pratt & Whitney n’arrive tout simplement pas à suivre le rythme infernal du projet.

 

Boeing a dû calmer certaines des ardeurs de Joe Sutter. L’ingénieur aux airs de savant fou et pionnier incontestable de son domaine imaginait déjà un avion à deux ponts ! L’appareil ne conservera que trois hublots à l’étage. D’une part, pour rendre le chargement plus efficace en version cargo en optimisant la hauteur disponible. D’autre part, pour pouvoir évacuer l’avion en moins de 90 secondes. Malgré tous ces rebondissements, le Boeing 747 est livré à temps. En janvier 1970, le premier vol commercial relie New York à Londres. Il suffira de six mois au 747-100, la première version, pour franchir la barre du million de passagers transportés ! La capacité de l’appareil permet de réduire le prix des sièges et d’attirer ainsi plus de clients à se rapprocher du soleil. Mais l’idée folle de Joe Sutter n’a rien du vol d’Icare. Non seulement Boeing échappe à la faillite, mais l’entreprise en ressort plus forte que jamais. 26 compagnies aériennes passent commande à leur tour.

 

L’appétit sans limite du Jumbo Jet

 

En 1971, Boeing a déjà livré 92 unités de son Jumbo Jet. Le succès du Boeing 747 est tel qu’il oblige un secteur entier à s’adapter. En effet, la surcapacité du gros-porteur force les aéroports à modifier leurs infrastructures pour se plier aux exigences du transport de masse. Jusqu’en 1990, 206 exemplaires du 747-100 sont fabriqués. Avec le 747-200, lancé en 1972, le pont supérieur comporte désormais huit hublots. L’aérodynamisme du géant d’acier s’améliore avec le 747-300 dans les années 1980 puis le 747-400. Cependant, ces versions successives ne modifient pas la longueur de l’appareil. Les décennies défilent sans que Boeing n’abandonne son 747. Redoublant d’ingéniosité, le constructeur effectue sa première livraison de 747-8 en 2011. Rares sont les avions de ligne à pouvoir témoigner d’une telle longévité de carrière !

 Le Boeing 747 est surnommé « Jumbo Jet » et « Queen of the Skies » (Courtesy of Thom Luttenberg)

 

 

Deux records auréolent d’un succès particulier les prouesses du Jumbo Jet. En 1991, un B747-400 transporte le nombre record de 1 088 passagers dans le cadre de l’opération Solomon – qui permettra de faire évacuer 14 500 Juifs éthiopiens d’un pays en proie aux rebelles. L’autre record date des années 1960 lorsqu’il a fallu prendre les mesures nécessaires à la construction de ce titan d’acier. D’une superficie de plus de 13 millions de m3, l’usine d’Everett reste aujourd’hui la plus grande du monde. Spécialement conçue pour le 747, elle servira ensuite à la fabrication des avions B767, B777 et B787. Près de 30 000 personnes travaillent sur ce site gigantesque – soit l’équivalent de la population d’Agen.

 

Le Boeing 747, superstar de l’aviation

 

Au fil du temps, l’engouement pour le Boeing 747 ne faiblit pas. Au point de devenir une icône de la culture populaire. Les aviophobes – ceux qui ont peur de monter en avion – ont peut-être de bonnes raisons de pointer le nez du 747 comme responsable. En 1977, la collision de Tenerife entre deux Boeing 747 fait 583 morts. L’accident devient le plus meurtrier de l’histoire de l’aviation civile. En 1985, le Boeing 747SR-46 du vol 123 de Japan Airlines s’écrase sur la crête du mont Takamagahara sur l’île d’Honshū. Le crash fait 520 morts. Et quand ce ne sont pas les journaux télévisés qui s’enflamment, la fiction se charge de prendre le relai. Hollywood fait du Boeing 747 son acteur fétiche des catastrophes aériennes, du film 747 en péril en 1975 à Des serpents dans l’avion en 2006.

 

Heureusement, il y a aussi un revers positif à la médaille de superstar de l’aviation. Quel plus bel honneur peut connaître un avion que celui de transporter le président de son pays ? C’est le privilège du Boeing 747 qui rejoint Air Force One en 1990, la flotte présidentielle américaine. Avant d’endosser le rôle vedette dans Air Force One en 1997, un film d’action avec Harrison Ford. Le groupe britannique de heavy metal Iron Maiden emboite le pas au président des États-Unis avec son propre 747 : le « Ed Force One » en hommage à sa mascotte Eddie the Head. Quant aux passagers anonymes à avoir volé à bord d’un 747, ils se comptent désormais par milliards. À elle seule, Air France en a transporté 250 millions depuis 1970. Le 14 janvier 2016, la dernière liaison commerciale en 747 effectuée par la compagnie aérienne française relie Mexico à Paris. Presque deux ans plus tard, c’est au tour de Delta Air Lines de remercier son Jumbo Jet pour ses loyaux services à l’occasion d’un vol Séoul-Détroit. Depuis le milieu des années 1990, le 747 est déjà peu à peu remplacé par son petit frère : le Boeing 777. L’arrivée du concurrent français Airbus A350 en 2013 n’a fait qu’accélérer cette substitution des flottes par des appareils plus modernes. En 2020, le 747-400 est encore exploité sur certains vols d’Air China, de British Airways, de Lufthansa ou encore de Qantas. Même le fret aérien reste attaché au 747 et à son nez charnière qui peut s’ouvrir.

 

Au total, ce sont plus de 1 550 exemplaires du Boeing 747 qui ont été vendus. Et l’histoire n’est pas encore terminée…. car l’avion mythique est toujours en production en 2020 ! En pleine pandémie de Coronavirus, durement touché par la chute du trafic aérien mondial, Boeing annonce à contrecœur la fin de carrière de son Jumbo Jet. L’arrêt de la production est prévue pour 2022. Joe Sutter, qui s’est éteint en 2016 à l’âge de 95 ans, n’entendra pas cette nouvelle peu réjouissante pour les 50 ans de sa création. Le 747 a porté à bout d’ailes une compagnie entière – toute une nation même. En février 2020, l’avion de ligne le plus rapide du monde explose un nouveau record en reliant New York à Londres en 4h56. L’avionneur de Seattle a beau être animé d’autres rêves et projets, ce n’est sûrement pas demain qu’une nouvelle bête d’acier pourra prétendre au trône de la Queen of the Skies !

 

Le Boeing 747 de Flight Inspiration

 

Le Boeing 747 immatriculé PH-BFF effectue son premier vol le 30 janvier 1990. Le 22 janvier 2018, il atterrit pour la dernière fois à l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol pour la compagnie KLM. Aujourd’hui, son fuselage devient le support authentique d’une série limitée et numérotée de Porte-Clés Aéro !

 

Le Boeing 747 a sa collection limitée et numérotée chez Flight Inspiration

 

Il existe chez KLM une tradition qui consiste à baptiser chacun des appareils de la flotte. Chaque avion est renommé en fonction de critères spécifiques. Pour les B787 de la compagnie ce sont des noms de fleur qui sont utilisés alors que les Boeing 747 reprennent des noms de ville. Le B747-400 qui a trouvé une nouvelle vocation en tant que pièce de collection avait ainsi hérité du nom de Freetown, d’après la capitale du Sierra Leone. Aujourd’hui, la forme de notre porte-clé reprend avec fidélité – et une pointe de nostalgie – les contours emblématiques du hublot Boeing pour continuer à évoquer le voyage et ces destinations lointaines riches en sensations et chargées d’exotisme.

 La photographie du Boeing 747 en haut de page est publié avec l'aimable autorisation de Severin Hackenberger.





Cedric Bayle
Cedric Bayle

Auteur



Voir l'article entier

Le Boeing 727 ou le rêve américain
Le Boeing 727 ou le rêve américain

par Cedric Bayle décembre 29, 2020

En 1963, Martin Luther King prononce son discours et J.F. Kennedy est assassiné. Le 9 février 1963, le Boeing 727 effectue son premier vol à 5 000 kilomètres de la Maison Blanche dans la banlieue grise et pluvieuse de Seattle...
Upcycling : Et si vous offriez un Porte-Clé Aero à Noël ?
Upcycling : Et si vous offriez un Porte-Clé Aero à Noël ?

par Cedric Bayle décembre 16, 2020

Faire du neuf avec du vieux… ce n’est pas vraiment neuf ! Nos grands-parents déjà rafistolaient les rideaux défraichis et reprisaient les vieux vêtements pour prolonger leur durée de vie. Si vous ne connaissez pas l’upcycling, vous connaissez au moins le recyclage.
Garçon rêvant de voler - Photo illustrant le changement de nom de Aviation Label à Flight Inspiration.
La naissance de Flight Inspiration

par Cedric Bayle avril 10, 2019

Tout commence par un cadeau d'un père fait à son fils… posséder une pièce originale d'un avion, avec son histoire et son vécu, est une expérience forte qui installe une relation unique entre l'objet et son propriétaire.

Liquid error: Argument error in tag 'include' - Illegal template name
French